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Elle était enfin revenue. La sensation. Ce tiraillement à l’intérieur du corps, juste en dessous du sternum, au creux de l’estomac. La faim.

« La faim qui fait sortir le loup du bois » après l’apocalypse, après le chaos qui aurait frappé la Terre, parce qu’il vient un moment où quelque soient les circonstances, et si notre corps l’autorise, la faim nous pousse à sortir de notre cachette, à partir à la recherche de nourriture.

Pour ma part, le chaos s’appelle « dépression » et elle n’a rien d’atmosphérique. Je me suis terrée de longs jours dans le noir, dans le fond de mon lit transformé en grotte. Et puis la sensation est revenue et je me suis levée.

J’ai ouvert les volets. Doucement, tout doucement. Le soleil se levait dans une aube rougissante, comme intimidée, émue comme je l’étais moi-même de découvrir la beauté de ce monde qui s’étendait sous mes yeux.

C’était comme si je voyais ce paysage pour la première fois, émerveillée et curieuse, un sentiment à la fois de déjà vu et de renouveau. Après le chaos était venu le temps de l’épanouissement.

Après tant de souffrance, après le chaos, après la peur il arrive que l’égoïsme s’invite à la fête. Vient alors le temps du « chacun pour soi », tempéré par notre bonne conscience qui interpelle une puissance supérieure pour prendre soin des autres. L’épanouissement se vit alors sous l’injonction du « chacun pour soi, Dieu pour tous ».

C’est un peu comme cette eau qui coule dans le caniveau. Elle a déjà servi, elle a été salie par le chaos et les efforts qui ont suivi pour renouer avec l’épanouissement, en payant parfois un prix un peu au-dessus du marché. Cette eau n’est pas pure, claire et transparente mais elle coule, elle file vers son avenir aussi incertain qu’il soit. Elle est vivante. Je suis vivante.

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