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Toute ma carrière j’ai appris à lire ce qui se passe dans ses yeux. Quand elle cherche une idée, lorsqu’elle considère ses sujets, qu’elle peaufine les détails. Au bout de ses doigts, je suis l’outil de son inspiration, un véhicule pour son génie. Aujourd’hui, elle me regarde différemment, elle m’inspecte. Mon corps porte les stigmates de ses dernières œuvres : taché de mille couleurs, écaillé par le temps, mordillé au bout lorsque son stress déborde sur ses commandes. Après mon bain de térébenthine, Manon essore ma chevelure de martre avec soin. J’ai développé une calvitie à force de me frotter à la rugosité des toiles et à présent je sens que mon temps est révolu. Je vais être remplacé par un nouveau pinceau dernière génération, version végan, ergonomique et équitable. Je m’attends d’un moment à l’autre à terminer dans le pot des pinceaux que l’on jette à la corbeille où que l’on remet entre les mains d’ enfants sans délicatesse qui aiment écraser les poils sur le papier en appelant ça « faire des étoiles ».

Mais Manon a une affection toute particulière pour moi : je suis son premier pinceau de professionnel, celui qui avait révélé son talent au fur et à mesure de son travail acharné. C’est bien au chaud dans sa chevelure, que dorénavant je veillerai à tenir son chignon bien en place pendant que je regarderais les autres travailler pour elle.

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