La galerie resplendissait de tous ses feux pour le vernissage de la nouvelle exposition d’automne, et Alexandre savourait cet instant avec bonheur. Vingt ans auparavant le hasard l’avait fait acheter une modeste mais très jolie marine dans une brocante, au dos figurait « à vivre dans l’espoir on meurt dans le désespoir ». Ce jour-là il s’était promis de faire mentir cette affirmation autant qu’il le pourrait en mémoire de ce peintre. Ayant bien réussi dans les affaires, il s’occupait désormais à promouvoir des artistes de talent qu’il repérait. Cette soirée serait un peu l’aboutissement de cette mission qu’il s’était fixée il y a déjà longtemps.
La nuit commençait à tomber, les rues se vidaient aidées par un petit vent frisquet qui poussait les rares passants vers leurs appartements douillets. Max se dit qu’il pouvait s’aventurer sans trop de crainte de se faire alpaguer par les flics. Il avait dégoté un joli manteau bien coupé au vestiaire du secours populaire et pouvait faire illusion, surtout à cette heure grise, entre chien et loup. Son dernier vrai repas commençait à dater et son statut de clochard, même bien vêtu, ne lui permettait pas d’entrer pour manger dans un restaurant de ce beau quartier, sa bourse était bien vide car la manche ne payait pas. Pour toute consolation ne lui restait donc que la lecture des alléchants menus mais son estomac n’était pas d’accord.
Au coin de la rue une façade brillamment éclairée attira son attention, une fête se déroulait là. Sans doute aussi un buffet avec plein de jolies tartines et verrines, trop petites pour son appétit, mais bienvenues quand même, surtout avec un petit verre de blanc ! « Mieux vaut ventre crevé que bon coup laissé » était la devise d’un de ses copains de galère, songea-t-il avec ironie. L’abondance ne serait pas là mais serait-il tout de même possible de s’y faufiler ? Max s’approcha et regarda l’affiche en vitrine et quelques œuvres exposées.
Une bouffée d’air chaud et joyeux sortit quand Alexandre ouvrit la porte pour les quelques personnalités qui l’accompagnaient :
– Voici le petit tableau que je fais toujours figurer sous l’affiche de mes expositions, en mémoire du peintre qui m’a appelé sans le savoir à devenir mécène.
Max fixait incrédule la petite marine qu’il avait peinte un quart de siècle auparavant. Une larme échappée de son désespoir scintillait dans les lumières de la reconnaissance.

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