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La toute première fois, elle était au lavoir du Trieux. Il l’avait espionnée depuis le pont et s’était senti chanceux d’entendre son rire cristallin faire écho aux blagues des femmes du village.

La deuxième fois, sur la cour pavée, elle pleurait. Ses larmes étaient des perles et reflétaient les rais d’un soleil timide. Les circonstances ne se prêtaient pas au beau temps.

Pourtant, croyez-le ou pas, il s’est senti heureux et léger comme transporté par une de ces bulles de savon chahutées par les lavandières. 

Debout face à la foule, Il avait cependant un travail à faire. 

Un engagement  pesant, qu’il avait accepté et dont il ne pouvait se soustraire. 

Il allait pendre Timéo, le voleur de poules. 

Pauvre Timéo, habituellement quelques coups de fouets suffisent à punir ce larcin. Si seulement  il ne s’en était pris à  un homme puissant, lâche et cruel.

Timéo avait songé que voler quelques volailles à personne plus aisée, serait « un peu moins que voler »… Un point de vue que les villageois eux aussi partageaient.

Jason, notre apprenti bourreau en pensait tout autant, mais il avait signé et touché un cachet pour sa première pendaison, alors, il oeuvrait dans un état second, voltigeant toujours au-dessus des lavoirs…perdu dans ses pensées.

Sa bulle de savon éclata cependant en plein vol, lorsqu’au moment de couvrir les yeux de Timéo, le cri déchirant de la jeune fille traversa la foule:

 – « papa! »

Pas de bol, le voleur de poules était également le père de la jolie lavandière. 

Une seule chose à faire, pour se sortir de là, trouver les bons mots et y mettre le bon ton.

Jason saute de l’échafaud, s’élance vers le siège où trône l’accusateur avide de vengeance.

Puis, cumulant courbettes et ton mielleux se penche vers l’homme inquiet d’une telle agitation:

– Monsieur, pendez vous-mêmes  celui qui a ravi vos poules. La vengeance n’en sera que meilleure, pratiquée par vous-même! 

Alors qu’autour de lui la foule scande le nom du pauvre Timéo, criant à l’injustice et à la cruauté, l’homme adresse à Jason d’un ton lascif et dégoûté:

– Tout cela n’a que bien trop duré et je suis fatigué.   « Bienfait qui se fait trop attendre est gâté quand il arrive » Relâchez donc cet homme, éparpillé la foule… qu’on apprête ma monture, il est temps de diner!

La troisième fois, à la fête du village, elle l’a accompagné. De bourreau il n’y a plus. Jason est médiateur, c’est son nouveau métier.
La bulle de savon s’est à nouveau formée, elle promène  nos deux jeunes en toute légèreté. 

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