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C’était le grand soir ! Tous les moutons du Conseil étaient là Pierre le Fada, Bécassin le prêcheur, Jocasse le baratineur, tous ! Même Jean-Pitre le Hardier s’était déplacé. Le sort de la pauvre accoucheuse devait être fixé ce soir. La survie du petit village de la Moutonnerie en dépendait.

C’est Jean-Pitre le Hardier qui le premier prit la parole. Se tournant vers la foule compacte des moutons ordinaires, et les toisant, comme à son habitude, de son regard hautain et méprisant, il commença ainsi :

– Mes chers concitoyens moutonneux ! Comme vous le savez, nous allons ce soir juger de la chose la plus horrible qu’ait jamais eue à connaître notre vénérable communauté moutonnière : le crime « d’apologie du jouet cassé » ! Comme président, auto-approuvé, de cette haute cour de justice moutonne, je donne la parole à Maître Bécassin pour qu’il nous résume les faits.

Bécassin sembla d’abord surpris, mais très vite, adroit qu’il était dans le prêchi-prêcha, il se mit en posture de se lancer dans un long sermon sur la question de la physique quantique appliquée aux jouets. En effet, son discours semblait reposer sur l’argument que seule une grande théorie scientifique pouvait éclairer la communauté sur la nature pernicieuse du crime commis par l’accoucheuse.

Heureusement, Migraine, le Factotum du village, l’interrompit à mi-discours : la roue du vieux moulin venait de céder ! Un murmure de panique parcourut l’assemblée….

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