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C’était l’effervescence dans les rues de la ville. Il ne restait plus que quelques jours pour acheter les derniers cadeaux à mettre sous le sapin.
Au fond de l’avenue, un homme, à l’allure sauvage, le regard noir, des vêtements râpés, tirait violemment, par le bras, une fillette frêle d’une dizaine d’années, trop légèrement vêtue pour affronter ce froid de canard de fin décembre. Il lui ordonna de se poster à l’angle de la rue, à la sortie du Bazar de l’Hôtel de Ville et de commencer à chanter. Puis, il s’écarta en surveillant de loin.
L’enfant, docile et apeurée, grelottait. Elle entama son récital de chants de noël, et la peur, le froid et l’angoisse de représailles, s’évanouirent aussitôt. Les chalands commencèrent à s’attrouper, attirés par sa voix à la fois puissante et cristalline et les pièces s’amassèrent aux pieds de la fillette, à la plus grande satisfaction de l’homme posté.
Arriva un personnage haut en couleur, bonnet péruvien et vêtements chamarrés, une sacoche sur l’épaule et appareils de photographie en bandoulière. C’était un journaleux de la petite gazette du quartier. Mais, cette fois, il l’avait son reportage ! une voix pareille ! Pour une si jeune pauvresse ! Il troqua son appareil photo contre une caméra sonore. Il allait peut-être faire la une du journal régional !
L’homme qui surveillait sa ‘’protégée’’ vit ce manège d’un très mauvais œil : « il va me faire louper ma recette cet hurluberlu ! Et il va me faire repérer ce c.. ! ». Une bagarre s’en suivit, qui alerta deux policiers. Les deux lutteurs furent emmenés au poste. L’homme, Thénardier des temps modernes, exploiteur de cantatrice, profiteur de bel canto, n’avait pas de papier. Il fut mis en garde à vue.
Le journaleux était bien connu, un peu agité du bocal, le garçon, mais parfaitement inoffensif. Relâché, il alla directement à la rencontre de la fillette qui était à la même place, et continuait à chanter avec de gros sanglots qui sublimaient le velours de sa voix. Il la prit par la main, l’emmena chez lui pour la réchauffer et lui offrir un solide goûter, puis la confia à sa mère en attendant de trouver une solution.
La petite fille fut en confiance chez cette femme. Elle se mit à lui raconter son enlèvement à 7 ans pendant des vacances à l’étranger, les mauvais traitements, les privations de nourritures, les voyages incessants, etc …
Épilogue
Prise en charge par le journaleux au grand cœur, elle put témoigner. Son tortionnaire, au casier judiciaire bien étoffé, fut condamné. La fillette fut confiée à une famille d’accueil. Elle put suivre des cours de chant pour son propre plaisir.

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