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Les adversaires se séparent. Sans raison… c’est une question de survie. Le boxeur malheureux reçoit un uppercut en plein dans le plexus. Il ne parvient plus à retrouver le rythme de son souffle qui se change en de longs râles insupportables à entendre. Ses gémissements et sa complainte sont pathétiques. Il a pourtant encaissé tant de coups, beaucoup plus violents que celui-là. Il se relève tout doucement, ses yeux aveuglés par ses larmes et sa sueur. Il regarde l’arbitre en le suppliant de sonner le gong. Il voudrait rejoindre son coin pour trouver le courage de retourner sur le ring, le seul endroit où il se sent capable.

L’arbitre ne peut lui venir en aide. Son adversaire, déchiré de le voir ainsi, patiente mais la victoire lui importe plus que la douleur qu’il doit à nouveau lui infliger. Le blessé refuse la défaite, il absout son bourreau en faisant face à lui. Il connaît bien les règles et il y retourne sans certitude ni espoir. Il veut terminer le combat dignement. Avant même de monter sur le ring, il connaissait la valeur de son adversaire. Il s’était pourtant entraîné avec des sparring partners aussi vaillants que lui. Le malheureux avait reçu tous leurs coups et avait appris à éviter les plus vicieux. Son coach ne cessait de hurler dans ses gants de boxe que la victoire était possible s’il se montrait capable d’encore plus de sacrificie. Il lui sommait d’accepter la douleur qui était, selon lui, l’alliée du succès. Ce jour-là, il n’a regardé que l’arbitre, pas son coach. L’identité médiocre qu’il lui renvoyait ne lui était que trop familière. C’est la raison pour laquelle il avait choisi de boxer. Bon qu’à encaisser…

Il rendit l’âme après un dernier coup qu’il tenta d’esquiver. Il tomba au sol maculé de son sang et de sa sueur qu’il avait offerts aux spectateurs. Ce mélange impropre prouvait son passage parmi les amateurs de joutes. Son rêve de victoire ne lui avait pas semblé si inaccessible et aucun obstacle ne lui volerait sa victoire. Elle lui aurait permis de comprendre sa valeur et le sens de ces années d’entraînement à la douleur consentie. Dans son miroir, avant chaque match, il ne voyait qu’épuisement et attendait patiemment que le gong retentisse une ultime fois. Après le choc de la chute mortelle, les spectateurs autour du ring feignaient leur étonnement. Le dernier payant quitta la salle satisfait. Il en avait eu pour son argent. Il en parlera à ses collègues de travail demain. Il ne savait pas s’il devait la raconter avec légèreté ou gravité. Toute la salle entendit les sirènes des soldats de la vie vêtus de bleu qui se ruaient enfin sur la place du mort. Ils avaient l’air fatigués de voir encore des fous risquer leur vie pour un peu de gloire.

Le lendemain, le dernier spectateur ne dit rien à personne. Il avait oublié la veille. Il alluma sa radio à l’intérieur de sa voiture. Aucune information à ce sujet. Circulez, il n’y a rien à voir.

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