Le branle-bas dans la maison, à une heure traditionnellement dédiée à la sieste, l’avait surpris au-delà de toute imagination. Il faut dire qu’il y avait bien longtemps qu’aucun bruit d’origine humaine n’avait atteint les sommets où elle se trouvait. A côté d’elle dormaient les reliques d’une vie passée, d’une vie trépassée même et depuis belle lurette. Un éteignoir à bougie fin XVIIIème, une pile de vieux vinyles milieu XXème, mille et une bricoles hétéroclites déposées au petit bonheur la chance sur le plancher habillé d’une épaisse poussière par des mains pressées de retourner dans les étages inférieurs.

Les voix montaient plus facilement dans son grenier. Par l’escalier en colimaçon, par le treillage recouvert de vigne-vierge, les bribes de conversation grimpaient jusqu’à elle, volant comme des papillons égarés. Avec les fils rompus de quelques phrases, elle captait un peu de la vie qu’elle ne pouvait voir car trop haut, trop en retrait de la façade.

« Repeindre… jalousies… fenêtres… lumière… » A ces quelques mots précieusement recueillis elle cherchait un sens, s’inventait une histoire, imaginait qu’ils s’adressaient à elle et répondait à ses mystérieux interlocuteurs. Eh oui, pour sûr qu’elle se verrait bien dans un joli bleu lavande et habillée d’un léger store pour cesser de brûler au soleil du soir.

Elle avait appris la patience, savait qu’il faudrait encore attendre avant que l’on s’occupe peut-être enfin d’elle, un jour, quand l’urgent et l’indispensable auront eu leur part. Le regard tourné vers le rivage lointain qu’elle seule pouvait voir, la petite lucarne rêvait, sans jalousie…

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