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Une bécasse au nez fort pointu récitait des vers de sa composition à l’oreille de son amant.

L’amant, las de ces croulements enrobés de fadaises lui suggéra :

– monte donc au haut de cette grue et récite tes vers à la terre entière.

La bécasse, un peu sotte, croyant à quelque flatterie et n’ayant aucune clairvoyance quant au dessein de son amant, s’exécuta.

L’ascension fut longue et périlleuse. La bécasse, fière de montrer son savoir-faire, prit une pose avantageuse et déclama :

« Ah ! Que le monde est grand à la clarté des lampes ! ».

La foule admirative applaudit au pied de la grue

Charles Baudelaire, désœuvré, faisant le pied de grue au milieu de la place, se tenait debout et regardait le ciel. Il reconnut immédiatement ces mots et poursuivit machinalement :

« Aux yeux du souvenir que le monde est petit ! »

Puis il devint rouge de colère : « mais elle me plagie ! Elle cite un vers de mon poème « le voyage ! » et le voilà qui vocifère de plus belle :

– redescendez, jeune bécasse, et apprenez que je n’en resterai pas là. Je vous ferai juger pour avoir usurpé mon talent. Vous n’êtes qu’une vulgaire emprunteuse !

Branle-bas de combat ! Il s’en suivit un mouvement de réprobation de tous ces badauds à l’encontre du poète.

Ce tumulte effraya la bécasse qui s’enfuit, honteuse, au fond des bois.

Débarrassé enfin, son amant invita Baudelaire à boire un verre d’absinthe. Tous deux firent un fabuleux voyage au pays de la rime.

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