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La veuve noire

La ferme, sans vie apparente et close comme une forteresse, était à deux pas de notre maison.
Un jour, je me suis risquée à franchir le portail. La veuve était en noir, sèche et rugueuse comme un vieux tronc d’arbre mort. Avait-elle été jeune ? Avait-elle été belle ? Savait-elle sourire ?
Elle s’est planté sur le seuil de sa porte, a agité ses longs bras maigres, m’a jeté un regard de rapace où traînaient des éclairs de cruauté et m’a lancé méchamment « qu’est-ce que vous voulez ? » qui m’a glacée. Jusqu’où pouvait-elle aller pour repousser les gêneurs ? Comme cette veuve noire, l’araignée qui a la réputation de dévorer ses amants…
Elle, veuve noire au cœur sec, insaisissable, s’est recroquevillée dans sa petite vie remplie de solitude et de rancœur. Sa maison est aussi froide que son accueil ; rien pour accrocher le regard et dissiper mon malaise. La cuisine est meublée chichement avec le strict nécessaire, sans fioriture, sans chaleur, sans souvenir, comme si on avait eu la volonté d’effacer le passé. Le vieux téléviseur est recouvert d’une nappe. Elle ne le regarde jamais. Le monde extérieur ne l’intéresse pas.
Je lui ai simplement répondu : « je voulais juste vous saluer ».

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