AlgoMuse Éditeur associatif
4.5
(2)

Avec A., tout avait commencé dans une boîte hardrock sur le Canal des Princes, à Amsterdam. Gigi et moi, nous avions bossé toute la journée sur “la Guerre des Étoiles”, la nôtre quoi… L’idée était de lui ; moi je me méfiais déjà…: et de la disco, et de la guerre des étoiles. Il avait réussi à m’entraîner dans les deux avec quelques bières… C’était d’autant plus facile pour lui qu’il n’en buvait pas. Remarque, ce n’est pas ce qui m’impressionnait chez lui. Ce que j’admirais, sans me l’avouer, c’est tous ces trucs qu’il avait que je n’avais pas ! Par exemple, il était aimable ! Il était capable d’une empathie véritable. Il écoutait, il souriait, et quand c’était vraiment nécessaire, il parlait. Autre exemple : il était serein ! Et la sérénité, c’est quelque chose qui doit m’être aussi étranger qu’un glacier à un pygmée ! Faut dire qu’il avait les moyens de l’être… Pas moi. Il faisait deux fois mon poids, et il maniait les nunchakus comme personne ! C’est d’ailleurs lui qui m’a appris à tuer… Enfin, avec les nunchakus je veux dire, parce qu’avec les mots, je savais déjà le faire…
Bref, il avait réussi à m’entraîner… Dans la disco donc… Et c’est là que c’est arrivé !
D’abord, je ne l’ai pas vue… Je n’ai vu que ses yeux ! Mais alors, des yeux comme je n’en avais jamais vu ! Deux perles noires brillantes et pétillantes d’où jaillissait une lueur d’une puissance… foudroyante ! C’était un laser sombre si lumineux et si intense que j’en fus envoûté, pétrifié, réduit à l’essentiel de moi-même en une fraction de fraction de fraction de seconde ! Je n’étais plus rien ! Je n’étais plus… Ne restait de moi qu’un petit tas de cendres tombées sur le plancher… J’étais terrorisé. Tous me piétinaient…
C’est Gigi qui m’a sauvé…
— Bon, tu crois qu’on va trouver quelqu’un qui parle français ici ?
Il avait dit cela en la regardant et en souriant… Tranquillement… C’est à elle qu’il s’adressait ; pas à moi ! Il exprimait sans malice et même avec générosité la souveraineté du lion qui sait qu’il va manger… Et elle, lui avait souri ! J’en étais ravagé ! Déchiré ! Dévasté ! Enflammé et brûlé de jalousie ! La Terre et le ciel m’écrasaient… Comment ? Comment était-il possible que cet ange aux yeux de gazelle des savanes n’ait pas senti le danger ? Comment pouvait-elle ne pas voir le prédateur, à peine dissimulé par ce sourire bon enfant, qui voulait la dévorer ! Il me fallait la sauver ! Et d’elle-même, la sauver ! Car lui, je saurais le dompter…
Tout s’est alors passé si vite qu’aujourd’hui – c’est dire un quart de siècle plus tard – tout est encore embrouillé… Je ne sais plus dans quel ordre, mais en quelques minutes ce sont au moins trois miracles qui se sont produits !
Le premier… [à suivre]

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